©BayardPresse RELATION D’UN TEXTE À LA SITUATION D’ÉNONCIATION ©BayardPresse




PLAN DE LA PAGE :

  1. Introduction
  2. Deux relations possibles entre texte & situation d'énonciation
  3. Traces "grammaticales" de l'énonciation
  4. Traces "lexicales" de l'énonciation
  5. Une notion complexe, mais...

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1/ INTRODUCTION : Définition sommaire de la Situation d'Énonciation En haut   Deux sortes de relation

A. Qu'est-ce que la Situation d'Énonciation ?

La situation d'énonciation correspond à la situation dans laquelle a été produit un texte (oral ou écrit) ; le texte produit est appelé énoncé.

B. Dans la situation d'énonciation, on distingue particulièrement :

celui qui a produit le texte (l'énonciateur)
celui à destination de qui le texte a été produit (le destinataire)
les lieux servant de cadre à la production du texte )) le
le moment où le texte a été produit )) contexte
l'intention de celui qui a produit le texte par rapport à celui à qui il le destine (la visée : convaincre, émouvoir, distraire, faire rêver, etc.)

C. Cas particuliers :

Dans un récit de fiction, l'énonciateur est le narrateur (différent de l'auteur).

En cas de dialogue (passages dialogués, théâtre, etc.), la situation d'énonciation est complexe, puisqu'elle présente une alternance d'émetteurs.



2/ DEUX RELATIONS POSSIBLES ENTRE TEXTE & SITUATION D’ÉNONCIATION En haut   Traces "grammaticales"

On peut envisager deux sortes de relation.

  On voit que On en déduit la relation suivante
a. celui qui produit le texte laisse dans ce dernier des traces (grammaticales*) de l'énonciation le texte est "ancré" dans la situation d'énonciation
b. celui qui produit le texte ne laisse pas dans ce dernier de traces (grammaticales*) de l'énonciation le texte est "non-ancré" dans la situation d'énonciation, ou est "coupé" de la situation d'énonciation.
(*) voir section suivante



3/ LES TRACES “GRAMMATICALES” DE L’ÉNONCIATION En haut   Traces "lexicales"

Accéder directement à :
  A. Dans un texte ancré dans la sit. d'énonciation
  B. Dans un texte coupé de la si. d'énonciation
  C. Récapitulatif (tableau)
  D. Difficultés

A. Dans un texte ancré dans la situation d'énonciationTxt coupé de sit. d'énonc.

Indications de lieu il y en a qui font référence à cette situation d'énonciation et ne sont pas complètement compréhensibles si on ignore de quoi est faite celle-ci

Indications de temps il y en a qui font référence à cette situation d'énonciation et ne sont pas complètement compréhensibles si on ignore de quoi est faite celle-ci

Pronoms employés font référence au destinateur du texte : "je" (ou nous) et au destinataire "tu" (ou vous)

Système temporel (verbes) système du DISCOURS : centré sur le présent de l'indicatif ; par rapport à ce dernier se positionnent cinq autres temps de l'indicatif : le passé composé, l'imparfait & le plus-que-parfait, le futur simple & le futur antérieur.
     
Je ne vous demande qu'un mot pour être assuré de votre innocence. Si vous le voulez bien, laissez votre réponse écrite en évidence ici-même, ce dès demain afin que votre bonne volonté ne fasse pas de doute.

B. Dans un texte coupé de la situation d'énonciationRécapitulation (tableau)

Indications de lieu ne font référence qu'à des lieux déjà précisés : il n'y a jamais de référence à la situation d'énonciation

Indications de temps ne font référence qu'à des indications temporelles déjà précisées : il n'y a jamais de référence à la situation d'énonciation

Pronoms employés les pronoms personnels sont exclusivement : "il(s)" et "elle(s)"

Système temporel (verbes) système du RÉCIT : il est centré sur le passé simple de l'indicatif ; par rapport à ce dernier se positionnent trois autres temps de l'indicatif : le passé antérieur, l'imparfait & le plus-que-parfait
     
En 1921, l'artiste Herman Garden suscita à Paris l'enthousiasme avec des compositions d'objets exposés sur papier sensible, et il devint, l'année suivante, dans la même ville, le photographe le plus en vue.

C. RécapitulatifQq difficultés

Indices révélateurs Texte “ancré” dans sit. d'énonciation Texte “coupé” de la sit. d'énonciation
Indications de lieu
Indicateurs relatifs : peuvent faire référence à la situation d'énonciation
ici, à gauche

Indicateurs absolus : s'appuient sur la connaissance du monde commune aux destinateur & destinataire
à Paris
Indicateurs relatifs : font référence seulement à des lieux déjà cités dans le texte
à cet endroit, à gauche de cette maison

Indicateurs absolus : s'appuient sur la connaissance du monde commune aux destinateur & destinataire
à Paris
Indications de temps
Indicateurs relatifs : peuvent faire référence à la situation d'énonciation
aujourd'hui, hier, demain

Indicateurs absolus : s'appuient sur la connaissance du monde commune aux destinateur & destinataire
(dates, saisons, heures, ...)
Indicateurs relatifs : font référence seulement à des moments déjà cités dans le texte
ce jour-là, la veille, le lendemain

Indicateurs absolus : s'appuient sur la connaissance du monde commune aux destinateur & destinataire
(dates, saisons, heures, ...)
Pronoms employés • je, tu, nous, vous (+ il, ils, elle, elles) • il, ils, elle, elles (seulement)
Système temporel (verbes) • système du DISCOURS, centré sur le PRÉSENT • système du RÉCIT, centré sur le PASSÉ SIMPLE
     
• SORTES DE TEXTES •
     

- langage oral,
- lettre, journal intime, autobiographie,
- presse ; texte argumentatif, explicatif, informatif, etc.

- récit de fiction,
- récit basé sur le réel, mais où le narrateur prend ses distances,
- etc.

D. Difficultés

a. Les imparfaits et plus-que-parfaits

L'imparfait et le plus-que-parfait, à eux seuls, ne permettent pas de déterminer si un texte est ancré ou non dans la situation d'énonciation, puisqu'ils apparaissent dans l'un et l'autre cas (ils appartiennent au système du DISCOURS et à celui du RÉCIT).

Vous pouvez visualiser le schéma animé présentant les deux systèmes de temps (celui du DISCOURS et celui du RÉCIT), en cliquant sur le bouton "Lancer l'animation" ci-dessous.


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b. La situation d'énonciation peut changer au cours d'un même texte

C'est le cas, par ex., quand le narrateur "cède la parole" à ses personnages (dialogues).

Une fois que tous furent rassemblés dans la cour du casernement, le colonel s'adressa à ses hommes en ces termes :
« L'heure est grave : votre courage va devoir être à la hauteur de votre patriotisme. L'ennemi est sur nous ! »

c. Certains textes « jouent » sur des ambigüités

* Cas des textes autobiographiques

Beaucoup de textes autobiographiques (dont ceux écrits par les élèves eux-mêmes) emploient "je" et le passé simple, semblant ainsi combiner les caractéristiques des textes ancrés ("je") et non-ancrés (passé simple) dans la situation d'énonciation.

On peut l'analyser de deux manières :

  • superficiellement, on peut admettre que l'autobiographie "se pense" comme un récit romanesque dont elle calque certaines caractéristiques

  • plus profondément, c'est une manière, pour l'auteur/narrateur, de prendre de la distance par rapport à sa propre histoire : il "se coupe" de son passé pour le regarder de manière moins impliquée. C'est en s'appuyant sur cette même ambigüité que des auteurs créent des romans d'apparence autobiographique.
[Ma mère] se pencha sur mon lit pour m'embrasser, et alors je n'eus plus envie de rien, ni de pleurer, ni de me lever, ni de sortir ; elle était là, et cela me suffisait.
(Pierre Loti)

* Intervention du narrateur dans un texte coupé de la situation d'énonciation

Occasionnellement, le narrateur d'un récit coupé de la situation d'énonciation ("il" + passé simple) se ménage des « niches » où il puisse s'exprimer, niches dans lesquelles il va énoncer ses commentaires sur les faits racontés (voire interpeller le lecteur). Ces commentaires sont souvent l'occasion d'un changement de situation d'énonciation, comme l'attestent par exemple le changement de système temporel.

Au terme de la première journée du périple entrepris, tout le monde passa la soirée à jouer de la guitare puis s'endormit sur la plage. On ne peut imaginer façon plus merveilleuse de voyager.

* Cas du présent de narration

L'emploi du présent de narration consiste à faire croire (momentanément ou longuement) que le texte est ancré dans la situation d'énonciation, jouant sur l'impression qu'aura le lecteur d'être impliqué dans l'histoire, alors même qu'il n'en est rien.

Après de longs instants d'observation, le combat s'engagea. Les coeurs étaient à la férocité, mais les adversaires, de force à peu près égale, ne venaient pas à bout l'un de l'autre. Soudain pourtant, Guillaume lève sa hache de combat, qui, masse mortelle, vient s'abattre fatalement sur le casque d'Arminien. La cervelle jaillit, le sang se répand. C'est un spectacle affreux. Tous furent ébranlés par l'horreur qui s'offrait à leurs yeux.
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4/ LES TRACES “LEXICALES” DE L'ÉNONCIATION En haut   Conclusion

L'énonciateur (celui qui produit le texte) peut manifester des jugements sur les faits évoqués dans le texte : il laisse alors s'exprimer sa subjectivité (tournant résolument le dos à l'objectivité, à la "neutralité"). Cette expression de la subjectivité n'est pas nécessairement délibérée : l'énonciateur peut être "victime" de sa propre subjectivité !

Il influencera ainsi le lecteur par rapport aux faits, aux personnages, aux idées, évoqués dans le texte. Par là-même, l'énonciateur "trahit" ses intentions par rapport à celui à qui il destine son texte.

ces traces lexicales de l'énonciation sont souvent révélatrices de la visée du texte (ex. : faire peur, convaincre, émouvoir, distraire, faire rêver, etc.)

A. Expression de l'émotion/des sentiments

L'énonciateur peut avoir une opinion favorable sur les faits évoqués dans le texte : il emploie des "mélioratifs"

L'énonciateur peut avoir une opinion défavorable sur les faits évoqués dans le texte : il emploie des "péjoratifs"

Mélioratifs ou péjoratifs sont surtout des expansions du nom (adjectifs, compléments du nom, prop. sub. relative, etc.) ou des remplaçants nominaux (substituts).

COMPARER :
  • Neutre — « Accident : l'automobiliste conduisait une voiture usagée. »
  • Favorable — « Accident : le pilote conduisait un bolide de la Belle Époque. »
  • Défavorable — « Accident : le chauffard conduisait un tacot antédiluvien. »

B. Expression de la certitude / du doute

Il peut utiliser des modalisateurs, c'est à dire des mots ou expressions qui manifestent ses certitudes ou ses doutes par rapport à la véracité des faits qu'il écrit

>>> il existe d'autres moyens que les moyens lexicaux pour exprimer doute ou certitude
Par ex : Le conditionnel peut indiquer que l'énonciateur ne s'implique pas dans l’assertion qu'il émet.

Les propos recueillis auprès de ce témoin sont incontestablement faux, pourtant, je ne crois pas qu'on puisse si vite juger cette affaire : selon d'autres témoins, il n'y aurait pas eu violence physique.




5/ UNE NOTION COMPLEXE, MAIS... En haut

A. Dans la production de textes

Sa maîtrise assure un usage conscient de certains choix lors de la rédaction d'un texte ; il est intéressant par ex. de savoir que :

Ainsi, on reconnaît les ambigüités dont peut être émaillé un texte : par ex.,

B. Dans la lecture des textes

Le "décodage" des textes est rendu plus perspicace dans les mêmes proportions.

C. Remarque

En lecture, tenir compte de la date d'écriture du texte.

On aura soin en effet de garder à l'esprit l'époque de la rédaction d'un texte lorsqu'on commente par ex. l'usage du passé simple, bien plus répandu à l'oral notamment, dans les siècles précédant le 19e : il ne lui attribuera pas nécessairement toutes les caractéristiques exposées ici.

 


Échange... (©MicroSoft)

 

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Dernière main : 22 octobre 2002